Matériaux de la Villa Cavrois

Les briques

Les briquettes de parement jaune recouvrent entièrement la surface extérieure de la Villa Cavrois. Il vaut mieux parler de briquettes plutôt que de briques, car ce sont uniquement des éléments de revêtement, d'une épaisseur réduite. Conçues spécialement pour cette construction, il y a 26 modèles différents (autant que de lettres de l'alphabet !). La restauration a permis de reproduire à l'identique, y compris dans le coloris, ces diverses briquettes.


Les dimensions d’une plaquette de brique jaune extérieure constituent les mesures de référence de toute la villa (hauteur / largeur / longueur). La mise en œuvre de ces briques de parement obéit à un protocole rigoureux : les joints horizontaux sont peints en noir, les joints verticaux sont traités de manière à ne pas être visibles. La peinture des joints représente 200 km !






Le souci de la  perfection
La revue « L'Architecture d'Aujourd'hui - n° VIII » , publiée en novembre 1932, nous apprend que les 26 modèles de plaquettes du revêtement sont calculées précisément. « Aucune de ces plaquettes n'est coupée. Toutes les saillies, tous les décrochements, tous les plans, toutes les baies sont un multiple de plaquettes, en hauteur et en largeur si bien que tous les joints tombent juste. Les milliers de plaquettes formant le revêtement étaient numérotées sur les dessins d'exécution. Et cette perfection dans l'exécution est peut-être un luxe mais il faut l'avouer, le résultat récompense la minutie d'un tel travail. »




Les marbres

Parmi les matériaux utilisés pour décorer l'intérieur de la Villa Cavrois on retrouve l'utilisation de plusieurs marbres : Le marbre jaune de Sienne pour la cheminée du hall-salon, le marbre vert de Suède pour la salle à manger des parents, le marbre blanc de Carrare et le marbre noir de Golzinne en Belgique pour l'escalier monumental principal.

Le marbre jaune de Sienne est un des marbres modernes, extrait principalement des carrières de Colle di Val d'Elsa en province de Sienne, dans la région de la Toscane en Italie. Il est de couleur ocre jaune, avec des nuances de terre de Sienne et des veinages blancs, parfois strié par quelques veines vertes à la limite du noir. Ses couleurs particulières le font souvent imiter en peinture, on parle de marbre chiqueté.



Ce marbre jaune de Sienne a été utilisé par Robert Mallet-Stevens pour décorer le pourtour de la cheminée du hall-salon de la Villa Cavrois. Pour la restauration les blocs de marbre ont été coupés sur place.


Le marbre vert de Suède est extrait depuis le XVIIe siècle de la carrière Jonkoping, située à Kolmården, dans une zone  de forêt à la partie nord est de la province de Ostergotland. Son premier exploitant fut Louis de Geer. 




Ce marbre vert avec des veines de serpentine a été utilisé pour l'ornement de divers palais de Stockholm (colonnes, dallages, revêtements muraux), puis a été diffusé sous le nom de Vert de Suède en Europe occidentale, en Russie. On le trouve dans d'autres réalisations prestigieuses comme  l'ambassade de France en Suède, l'Université d'Uppsala, le Rockefeller Center à New-York et l'Opéra de Paris. Il est considéré comme un des marbres les plus durs.



Ce marbre vert de Suède a été utilisé par Robert Mallet-Stevens pour revêtir les murs de la salle à manger des parents.

Par chance cette carrière était toujours ouverte, et cela a permis de retrouver les marbres les plus approchants, dans la variété OX, afin de respecter les dessins dus aux veines blanches.





Le marbre blanc de Carrare universellement connu comme un des marbres les plus prisés pour sa blancheur sans trop de veinage. L’excavation du marbre dans les Alpes apuanes, remonte aux environs du 1er siècle av. J.-C.







Le marbre noir fin de Belgique, connu également, sous le nom de Noir de Mazy ou Noir de Golzinne est extrait de la carrière de Golzinne, dans la commune de Gembloux. 




Ce marbre réputé est très apprécié dans le monde entier. On en trouve au Taj Mahal en Inde, au Vatican, aux châteaux de Versailles et Louvecienne. De teinte noir profond en cassure fraîche, ce calcaire se caractérise par la rareté des fossiles et des veines de calcite qui donnent à son poli d’un noir parfait une uniformité et un velouté remarquables. La production est faible et le coût élevé de 15 000 € le m3. La société anonyme Merbes-Sprimont exploite ce qui constitue le dernier site où l'on extrait à 70 mètres de profondeur et débite ce marbre noir exceptionnel.


Les bois

On note aussi l'emploi de plusieurs bois plus ou moins précieux.

Le poirier vernis a été utilisé pour les meubles de la salle à manger des parents. 



Le poirier possède plusieurs qualités : le grain quasiment inexistant, la fibre courte, la couleur rappelant celle du chêne et surtout sa facilité à être travaillé. Le grain, si l'on réduit l'aspect du chêne au 1/48 ou au 1/36, les fibres et le grain (aspect de surface) deviennent invisibles. Peu de bois permettent de reproduire cette réduction. La fibre courte et serrée permet un débit en fines épaisseurs sans rupture, une possibilité de courbure à sec très convenable, si on le chauffe, on peut obtenir des courbures de faible rayon. Le rabotage à la main à contre fibre est relativement aisé mais cela dépend beaucoup des arbres.

Le palmier a été utilisé pour le mobilier de la chambre des parents. 


Au lieu de bois, il faudrait presque dire plutôt herbe, en ce qui concerne le palmier. En effet, étant monocotylédon, c'est dans cette famille qu'il doit être classé. Il suffit, d'ailleurs, de le travailler pour en être convaincu. Dans une masse de parenchyme non lignifié, très voisine de la moelle du sureau, se trouvent disséminés des faisceaux libéro-ligneux très durs. Ces faisceaux sont très abondants sur la périphérie de l'arbre, ce qui fait que dans le palmier, la dureté est plus importante sur le pourtour que dans la partie centrale. 



Ce "bois" a été énormément utilisé pendant la période Art déco pour la fabrication de placages sciés et pour le tournage de cannes. De par sa structure, le placage ne peut être obtenu que par sciage. Les techniques du tranchage et du déroulage sont ici inapplicables. C'est un bois très difficile à travailler.




Le sycomore a été utilisé pour les meubles du boudoir. 



L’érable sycomore (Acer pseudoplatanus L.) est une espèce d'arbres de grande taille de la famille des Sapindaceae (anciennement Aceraceae) fréquent dans les régions montagneuses d’Europe. On l'appelle parfois faux platane, grand érable, ou érable de montagne, plus rarement érable blanc. Une plaque retrouvée au dos du divan du boudoir a permis de vérifier qu'il s'agissait d'érable déroulé.



Erable, platane et sycomore
Quelle pagaille entre les érables, les platanes et les sycomores : comment faire le tri entre l’érable-platane, l’érable sycomore et l’érable faux-platane ? 
Il y a de quoi y perdre son latin ! Mais justement, pour éviter la confusion, mieux vaut se référer à leur nom latin.
Ainsi l'érable faux-platane et l'érable sycomore sont un seul et même arbre, le géant de la famille d'ailleurs (plus de 30 mètres) : Acer pseudoplatanus. Pourquoi le nom de sycomore ? Parce que ses feuilles ressemblent à celles d'un figuier, qui se dit « sykon » en grec. Elles sont arrondies et formées de 5 lobes. Pour compliquer la chose - ou l'expliquer - en Amérique du Nord, le nom vernaculaire du genre Platanus est Sycamore... Quant à l'érable-platane, Acer platanoides, il est communément appelé érable plane et même érable faux sycomore !

Le zingana aussi connu sous le nom de zébranoa été utilisé pour les meubles de la salle à manger des enfants.



C'est un bois brun jaunâtre clair, veiné de brun sombre, à grain plutôt grossier, mi-dur et mi-lourd, utilisé en ameublement, aménagement, décoration, et en placage, comme c'est ici le cas pour la table de cette pièce.



L'acajou de Cuba utilisé pour le fumoir, est extrêmement rare et onéreux, mais son usage est aussi très limité.



L'acajou de Cuba (Swietenia mahogani) est un bois rouge et tendre. Très recherché au 19e siècle, il a beaucoup servi pour la fabrication des meubles de style Empire. Aujourd'hui, c'est le bois le plus cher sur le marché, d'après Les fils de J. George, un des principaux ébénistes français. Son prix actuel : 30 000 à 50 000 euros le mètre cube. Contrairement à ce que son nom laisse penser, l'acajou de Cuba ne provient pas forcément de cette île mais peut venir de toute la zone caraïbe (Floride, Jamaïque, Saint-Domingue...).


Depuis 1992, l'acajou de Cuba est classé en annexe II du CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), ce qui signifie qu'un certificat est nécessaire aussi bien à l'exportation qu'à l'importation. "Beaucoup de consommateurs et même de professionnels sont persuadés que ce bois est interdit", regrette Frédéric George, le gérant de Les fils de J. George. " Du coup je n'en vends pratiquement pas, à part pour restaurer ponctuellement un meuble ancien. Je suis toujours sur un stock vieux de 20 ans ".

Outre l'ébénisterie, l'acajou antillais est également recherché pour ses propriétés médicinales et soi-disant aphrodisiaques.

Le chêne, l'acacia et le sont utilisés pour les lames du parquet.

Ce parquet a été reconstitué à l'identique par la maison qui l'avait posé 80 ans plus tôt. Il s'agit d'un parquet dit Noel composé de trois essences de bois différentes.


Le parquet Noel est une exclusivité conçue et développée par Jadoul. Il s’agit d’un parquet en mosaïque composé de différentes essences de bois exotiques et rejointoyées au moyen de ciment teinté, à base de magnésium. Le résultat est sans pareil, décoratif et particulièrement résistant au trafic intense. Cette maison exerce son savoir faire depuis 1911. Le siège actuel est en Belgique à Bruxelles.



Le parquet nettoyé avant la repose.



Les carreaux


Ci-dessus, les carreaux du fumoir avant leur repose.
Ci-dessous les carreaux de faïence blanche de la salle de bains, à côté de la chambre de jeune homme.




Le métal






L’aluminium a été utilisé par Mallet Stevens pour le piétement de la table de la salle à manger des enfants, pour les meubles du boudoir de Lucie Cavrois-Vanoutryve. De même les quatre appliques aux cerceaux du vestibule de l'entrée, créées par Jacques le Chevallier et René Koechlin, sont  en aluminium poli.

Les cache-radiateurs, les béquilles, les plaques de propreté, les robinets, les tuyaux apparents, les pênes de serrures, les rails des rideaux etc., sont pour la plupart en cuivre chromé, quelques-uns sont en aluminium poli.